Autant en emporte le vent

Événement organisé par Pique-Nique

Mathieu Valade

Police et paysage


L’opposition entre abstraction et représentation sert de levier au travail formel de Mathieu Valade, qui se déploie surtout sous la forme de sculptures ou d’environnements. Tout en flirtant avec l’esthétique minimaliste et la géométrie, il use de surfaces, de matériaux ou du contexte de présentation de ses œuvres pour faire apparaître leur potentiel narratif ou représentatif, venant ainsi questionner leur parenté moderniste. Dispositifs mécaniques, lumineux ou sonores teintent notre perception et notre expérience, insufflant une part de poésie à des propositions qui pourraient, de prime abord, décourager par leur caractère austère. Camouflées au sein du paysage environnant les granges, des lettres de taille humaine forment un mot qui traite en lui-même du langage, tant par son aspect que par sa signification. D’un point de vue formel, il reprend le code de l’alphabet romain alors que d’un point de vue sémantique, il réfère au monde de la typographie, de l’impression et de la diffusion des savoirs en nommant une police de caractère. Exogène à ce milieu naturel, cette police s’intègre pourtant à son environnement par le biais du motif de camouflage militaire dont elle est revêtue. Invasion, colonisation, occupation sont des actions associées à cette matière, symbole de force et de pouvoir – un pouvoir qui s’exerce notamment par l’entremise du langage, celui du plus fort. En contrepoint, deux dessins réalistes de paysages classiques sont présentés au Moulin. Reprenant des vues de l’environnement du champ de Saint-Casimir sur lesquelles sont superposées du lettrage, ils évoquent l’intervention réalisée dans le champ par une sorte de geste de documentation inversé puisqu’ils ont été créés préalablement à l’installation.