Autant en emporte le vent

Événement organisé par Pique-Nique

Edouard Pretty

Paranoïa Pessimiste (chimères)

 

La technique de prédilection d’Édouard Pretty est le moulage, qu’il apprécie pour la tension qu’il incarne en rapport avec la définition traditionnelle de l’objet d’art. En permettant la reproduction et la production en série, cette technique nie en quelque sorte les caractéristiques d’unicité et d’authenticité garantes de la valeur de l’œuvre d’art. En choisissant cette technique, Pretty insiste sur le fait que d’autres facteurs sont responsables de la valeur attribuée aux œuvres d’art contemporain, qui ne s’inscrivent plus dans le même régime que celui des beaux-arts traditionnels. Un prisme rectangulaire blanc, d’une hauteur de dix pieds, est planté dans le terrain des granges. Hybride entre une poutre usinée, dont il rappelle la forme, et un arbre authentique, dont il reprend la texture, il pointe vers le ciel. La blancheur et la simplicité de l’objet le fait paraître comme une représentation simplifiée, voire purifiée, suivant en cela le projet d’épuration formelle du modernisme. Dans ce contexte, le choix du blanc n’est pas innocent. Cette couleur renvoie directement à l’idée moderne du musée pensé comme un espace neutre et objectif, comme un « cube blanc » sans ouverture, autonome face au monde réel. Installé dans le  champ, le prisme blanc semble opérer une sorte d’inversion de ce mouvement, l’objet représenté, purifié et autonome, retournant à son contexte « naturel » initial. Un même moulage d’écorce est présenté dans un cadre en bois au Moulin, mimant par sa forme et sa couleur une peau d’animal tendue. Un parallèle évident s’établit entre la peau et l’écorce, toutes deux des membranes visant la protection de l’espèce qui en est recouverte.